Eloge funèbre du général d’armée (2S) Jacques HÉRISSON

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Eloge funèbre du général d’armée (2S) Jacques HÉRISSON

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Saint Ouen (Oise) – vendredi 4 septembre 2015
Prononcé au nom du général d’armée Denis FAVIER, directeur général de la gendarmerie nationale, par le général d’armée Jean-Régis VECHAMBRE, inspecteur général des armées – gendarmerie.

                                                                     Mon général, notre cher ancien,
Après l’éloIGAG_GAR_Jacques HERISSON_MODge prononcé hier à NICE par le GCA David GALTIER et les honneurs militaires qui vous ont été rendus, il me revient l’honneur de vous rendre ici, dans ce village de LA CROIX SAINT OUEN d’où votre famille est originaire, un ultime hommage, au nom de la Nation que vous avez servi, au nom du GA Denis FAVIER, notre DGGN, des anciens directeurs généraux, des anciens inspecteurs généraux des armées-gendarmerie, au nom de l’ensemble des militaires et personnels civils de la gendarmerie, au nom du monde militaire tout entier et notamment, au nom de vos camarades de promotion de la Franchet d’Espérey.
Votre parcours fut exceptionnel comme le fut votre engagement au bénéfice de la gendarmerie et au service de la France. En évoquant les moments les plus intenses de votre vie professionnelle et les liens très forts qui vous unissaient à l’institution, liens que vous aurez maintenus jusqu’au bout, je souhaiterais faire partager à ceux qui sont venus vous rendre un dernier hommage la flamme qui vous animait et les valeurs qui ont guidé votre existence.
Né en 1933 à Chantilly, dans l’Oise, dans une caserne de gendarmerie ou votre père était en poste, vous suivez votre scolarité au collège Henri de St SIMON à PERONNE (Péronne lieu de domicile à l’époque de celle qui deviendra votre épouse) puis au Lycée FAIDERHERBE à LILLE.
Votre éducation, votre jeunesse sous l’occupation, l’enthousiasme de la libération puis les événements d’Indochine auront sans nul doute contribué à nourrir votre vocation d’officier et votre volonté de servir la France. C’est donc en 1955, à 22 ans, que vous entrez à l’Ecole spéciale militaire inter-armes de Saint-Cyr par la voie du concours lettre direct. Vous choisirez avec vos camarades un prestigieux parrain pour cette 142ème promotion, le maréchal de France Louis Franchet d’Espérey, chef victorieux à plusieurs reprises entre 1914 et 1918, concepteur avec GALLIENI de la bataille décisive de la Marne puis grand vainqueur en Orient, membre de l’Académie française. Un tel choix n’est jamais anodin et marque à jamais le caractère d’une promotion et de ses officiers. Votre promotion aura perdu dans les opérations 34 des siens, morts pour la France. Sans nul doute également que le stage effectué pendant votre scolarité au 1er REP en Algérie fera grandir encore votre soif de servir.
Dès votre sortie d’école en 1957, vous commencez par vous marier avec votre épouse Claudine qui dès lors va partager avec votre famille toute votre vie militaire et vous rejoignez l’école d’application de l’arme des transmissions à MONTARGIS.
Après une affectation provisoire de quelques mois, vous embarquez le 4 novembre 1958 pour l’Algérie et pour la 70ème compagnie de transmissions.
Mais cette arme n’était pour vous qu’un tremplin vers la gendarmerie. Vous passez alors avec succès le concours d’entrée à l’EOGN. Vous y êtes admis le 1er août 1959 en même temps que vous êtes nommé lieutenant et formez la 64ème promotion Capitaine BLAZY (Le Capitaine René BLAZY, était pilote d’hélicoptère de la Gendarmerie, décédé aux commandes de son alouette 2 durant les opérations de sauvetage faisant suite à la rupture du barrage de Fréjus-Malpasset (83) le 03 décembre 1959).
A votre sortie d’école, vous êtes affecté à l’escadron de gendarmerie mobile de Chauny (02) en tant que commandement de peloton porté ; vous passerez 10 mois en Algérie pour le maintien de l’ordre en 2 séjours, le premier dans l’Algérois, le second dans l’Oranais entre votre arrivée en 1960 et mars 1962. Vous irez ensuite en Martinique.
En mai 1963, vous rejoignez la compagnie de gendarmerie des transports aériens d’Orly (94) qui deviendra compagnie de l’aéroport de Paris comme adjoint avant d’en prendre le commandement trois ans plus tard et y êtes promu capitaine.
Vous rejoignez ensuite les rangs de la gendarmerie départementale et vous voyez confier à la mi-juillet 1967 le commandement de la très belle compagnie d’Angers (49), l’une des plus recherchées par les officiers.
La direction générale ayant remarqué vos talents pour la formation et voulant mettre à profit tant votre maîtrise de droit public que votre expérience déjà variée de la gendarmerie, c’est tout naturellement qu’elle vous choisit le 01 septembre 1970 pour devenir cadre professeur à l’EOGN où vous enseignerez durant trois années.
Etape suivante quasi obligatoire pour un officier à fort potentiel, la direction générale de la gendarmerie nationale, le 35 rue St Didier à Paris, pour y goûter aux joies des fonctions d’officier rédacteur de la section études, avec le grade en 1974 de chef d’escadron. Durant ces années, vous approfondirez votre connaissance des textes de la gendarmerie, en ferez évoluer beaucoup et conforterez votre conviction que des évolutions sont indispensables au sein de notre institution, tant en matière de doctrine qu’en matière de commandement et de gestion des ressources humaines.
En 1978, vous quittez Paris pour rejoindre la côte d’azur et la ville de Nice (06) en qualité d’adjoint puis de commandant du groupement de gendarmerie départementale des Alpes maritimes, avec successivement les grades de lieutenant-colonel et colonel. Vous marquerez durablement de votre empreinte ce commandement particulièrement délicat et que vous exercerez avec succès pendant 4 années.
Vos qualités déjà remarquées au bureau études comme votre entière réussite dans vos fonctions de commandant de groupement, conduisent l’institution à vous proposer à l’Elysée pour y exercer les fonctions de commandant militaire, fonction dans laquelle vous entrez en septembre 1982, tâche ô combien sensible. De grands noms vous accorderont leur confiance au cours des quatre années passées au service des plus hautes autorités de notre pays et vous conserverez longtemps ces liens, toujours au bénéfice de l’institution, institution que vous protégerez aussi dans cette période. Vous y serez nommé général de brigade. Je voudrais citer l’appréciation portée à votre égard par le général d’armée Gilbert FORRAY, chef de l’état-major particulier du Président de la République, alors que vous allez quitter l’Elysée – je cite : « Le général HERISSON a tenu avec une réussite parfaite les délicates fonctions de Commandant militaire de l’Elysée. Très apprécié de tous, rigoureux, sachant à la fois voir les détails et l’ensemble, c’est un remarquable officier général de gendarmerie qui doit parvenir aux plus hauts emplois de son arme et que j’appuie tout spécialement pour une inscription dès cette année à la liste d’aptitude ». Fin de citation. Le gestionnaire, toujours prudent, ne suivra pas aussi rapidement les orientations préconisées mais votre destinée ne tardera pas à lui forcer la main.
Vous quittez donc l’Elysee pour prendre le 1er novembre 1986 le commandement de la garde républicaine. Depuis votre quartier général des Célestins, vous commanderez la Garde deux années, pendant lesquelles votre savoir faire, votre entregent, votre hauteur de vue mettront en valeur cette magnifique formation, bien au-delà de la seule place parisienne.
Le 1er février 1988, vous êtes nommé commandant de la 1ère région de gendarmerie. Le DG de l’époque, Monsieur Régis MOURIER vous a remarqué comme en témoigne l’appréciation qu’il vous délivre en août 1988 – je cite :
« Officier général de très grande classe, le général HERISSON exerce son commandement avec une autorité, une compétence, une distinction et une aisance exceptionnelles. Esprit très fin et brillant, chef ferme et humain, parfaitement loyal et de relation agréable, il est un conseiller précieux car ses connaissances et son expérience sont très étendues, sa pensée lucide, sa personnalité riche d’équilibre et de mesure. Toujours soucieux d’améliorer l’organisation et le fonctionnement des services, il sait trouver les solutions appropriées avec imagination et réalisme. L’ensemble de ses qualités le désignent pour occuper les plus hautes responsabilités » – fin de citation.
Ce commandement plus prestigieux encore ne durera cependant pas car le même directeur général vous choisit pour exercer les fonctions éminentes de major général de la gendarmerie le 14 octobre 1988, cette nomination provoquant alors ce que le général FORRAY avait appelé de ses vœux, votre promotion au grade de général de division le 1er décembre 1988 et six mois plus tard, votre élévation aux rang et appellation de général de corps d’armée.
Vous voilà donc numéro 2 de l’Institution, fonctions que vous allez exercer pendant quatre années auprès de trois directeurs généraux de la gendarmerie très connus mais dont certains n’étaient pas parmi les plus commodes : Régis Mourier, Charles Barbeau et JP Dintilhac (aujourd’hui décédé). Cette capacité à accompagner 3 DG aussi différents témoigne ô combien de votre sens de l’Etat, de vos compétences et de votre loyauté. Je voudrais citer à nouveau les appréciations que Monsieur Régis MOURIER vous délivrent en juillet 1989, appréciations qui forcent le respect : « Je confirme à tous égards la notation de l’an dernier. Officier général hors pair, le général HERISSON exerce ses fonctions de major général avec un talent et une efficacité tout-à-fait exceptionnels. Son intelligence pénétrante et sa lucidité lui permettent de discerner tous les problèmes réels de la gendarmerie. Son imagination et son esprit d’initiative lui font concevoir et mettre en œuvre les solutions les mieux adaptées à la situation.Esprit très élevé, ouvert et attentif aux autres quel que soit leur grade, il exerce son commandement avec un souci du facteur humain particulièrement opportun dans l’arme de la gendarmerie. Modèle d’organisation et de clarté dans la présentation des projets, il est sans cesse soucieux d’améliorer le fonctionnement des services du double point de vue technique et humain. D’une présentation très distinguée, d’une rigueur morale exemplaire et d’une loyauté parfaite, le général HERISSON fait honneur à la gendarmerie et ne mérite que les plus vifs éloges. Il était sans aucun doute le plus digne d’occuper le poste de major général ».
Avec votre sens de l’humour, cette phrase qui semble indiquer que le choix opéré de vous nommer major général aurait pu être contesté, a du vous faire sourire, marquant aussi la complicité qui vous unissait au directeur général. Mais ce que voulait dire le DG était que nul autre que vous n’aurait pu l’aider aussi bien à sortir de la crise des lettres anonymes que subissait à ce moment précis l’institution. Vous avez en effet avec votre équipe, dont plusieurs membres sont ici présents, proposé et mis en oeuvre des « états généraux de la gendarmerie », et lancer une «rénovation ambitieuse du service public de la gendarmerie», qui se traduisit par une réforme profonde de l’organisation en créant les centres opérationnels et préfigurant les communautés de brigades, en révolutionnant les conditions de travail et les mécanismes de concertation au sein de la gendarmerie.
Vous parvenez donc non seulement à maîtriser la situation en préservant l’efficacité de l’institution et la confiance que lui accordent les autorités mais vous la projetez résolument dans la modernité. Cet enjeu de la modernité vous le saisissez également en faisant décider la mise en place de la bureautique brigade, nouvelle évolution majeure.
Chef naturel doté d’un grand charisme, vous étiez parfois avare de mots mais vous cultiviez l’excellence tout autant que le sens des rapports humains et le courage intellectuel, ceux là mêmes qui font la marque des hommes de valeur. Je parlais de votre sens de l’humour mais il faudrait y ajouter votre gaieté communicative.
Au delà de votre remarquable sens politique, vous étiez surtout un homme en avance sur son temps. Pierre Joxe disait de vous – je cite : « il a compris avant les autres la nécessité de se rapprocher du ministère de l’intérieur ».
Le général Jacquet rappelait encore récemment au général GALTIER que vous aviez été le premier général à militer pour que les officiers de gendarmerie effectuent leur 1er temps de commandement à la tête d’une unité de proximité parce que, disiez vous : « puisque les ingénieurs de la SNCF savent piloter les locomotives, il est logique que les officiers commandent une brigade ».
C’est votre réussite et votre aura qui vous valent, alors que vous êtes nommé le 1er mars 1992 inspecteur général des armées – gendarmerie, d’être élevé aux rang et appellation de général d’armée, devenant ainsi
la premier 5 étoiles de la gendarmerie. Mais ce n’était pas une reconnaissance personnelle que vous cherchiez mais bien plutôt la reconnaissance pour votre institution, son rôle au service de la Nation et sa place dans la Défense. Ce faisant, la gendarmerie quittait son statut d’arme pour devenir une armée à part entière. Vous ouvriez également ainsi à ce qu’elle puisse être dirigée par l’un des siens ce qui est désormais le cas.
Vous occuperez ce poste jusqu’à votre admission en 2° section, le 21 avril 1994, continuant à veiller avec attention sur la destinée de notre belle institution. Lors de votre adieu aux armes Monsieur François LEOTARD, ministre d’Etat, ministre de la Défense a dit de vous, je cite : « Le général d’armée HERISSON laisse dans la Gendarmerie le souvenir d’un homme de caractère aux compétences exceptionnelles, d’un officier et d’un chef estimé et respecté de tous. Entraîneur d’hommes au courage éprouvé, homme de caractère s’imposant à tous par la force de sa personnalité et son sens de l’humain, il aura profondément marqué ses supérieurs, ses compagnons, ses subordonnés par ses éminentes qualités d’intelligence, d’autorité et de cœur ». fin de citation
Au cours de ces 39 années passées à servir la France et la gendarmerie nationale, vos mérites et votre valeur militaire ont été reconnus par la remise de prestigieuses décorations, dont : – la légion d’honneur dans le grade d’officier (01/01/1989) ;
– l’ordre national du mérite (25/11/1992) au titre de commandeur ; – une citation à l’ordre de la gendarmerie avec médaille de la gendarmerie (1994) Vous êtes également titulaire de nombreuses décorations et distinctions étrangères et notamment commandeur du mérite de la République fédérale d’Allemagne, commandeur du mérite civil espagnol, grand officier du Ouissam alaouite du Maroc, commandeur de l’ordre de l’étoile équatoriale, commandeur de l’ordre national du mérite gabonnais, commandeur de l’ordre du lion, commandeur de l’ordre du mérite du Sénégal.
* Mon général, il était normal que nous soyons nombreux à venir vous dire Adieu, à NICE et ici et à rendre témoignage devant votre chère famille de tout ce que la France et la gendarmerie nationale vous
doivent. Notre reconnaissance, notre estime et notre respect sont immenses autant que notre peine.
Chère Madame, chère Claudine si vous le permettez, vous avez accompagné et fait équipe avec votre époux pendant ces soixante années et avez porté vous aussi la gendarmerie nationale. Mieux que quiconque vous savez ce que sait d’être femme de gendarme. Acceptez également en même temps que toute notre compassion, notre profonde reconnaissance. A votre fils et votre fille et toute votre famille vous pouvez être légitimement fier de votre père.
Soyez assuré de notre total et indéfectible soutien. Soyez sûr que nous perpétuerons le souvenir du général d’armée Jacques HERISSON. Merci mon général et Adieu