Ces Français qui revendiquent leur droit à disposer d’une arme à feu

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Ces Français qui revendiquent leur droit à disposer d’une arme à feu

Posté dans : Actualités le

  • Par Esther Paolini
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Une initiation au tir dans un stand de tir du Val d'Oise (95).

Avec la longue liste d’attaques ayant visé la France depuis Charlie Hebdo, des voix se font entendre pour permettre aux citoyens de s’armer. Parallèlement, le nombre d’adhérents dans les clubs de tirs continue de progresser.

Dans un stand de tir du Val d’Oise, Charlie, la vingtaine bien entamée, participe à la formation des nouveaux arrivants et leur enseigne les règles de sécurité élémentaires: ne jamais pointer une arme vers un autre adhérent même lorsqu’elle n’est pas chargée, surveiller que tous les tireurs portent un casque avant de faire feu… Comme les 127 autres membres du club, Charlie est un passionné et manie ses pistolets Glock 9mm et 22 LR ainsi que son revolver 38 special Manurhin avec la plus grande précaution. Le tir sportif lui est venu naturellement après avoir quitté l’armée, nous explique-t-il, soucieux de ne pas apparaître comme un fou de la gachette. Dans ce stand confiné dans les vestiges d’un ancien fort, il n’est pas question d’accepter des civils qui viendraient ici, par la seule motivation d’un sentiment d’insécurité ou de violence. Dans ce qui ressemble davantage à un repaire de trappeurs, «on vient pour l’aspect convivial, boire un café et parler avec les autres tireurs», précise le formateur. Comme lui, la Fédération française de tir (FFT) et son président, Philippe Crochard, réfutent un quelconque lien entre le climat post-attentat et l’augmentation du nombre d’adhérents: ils étaient 145.365 en 2011 et ont dépassé les 201.450 tireurs en 2015, soit une augmentation de 38%.

L'ARPAC demande d'armer les civils à condition qu'ils reçoivent une formation théorique et pratique égale à celle la police.

Pourtant, des Français inquiets et souhaitant s’armer, il en existe. Et ils sont nombreux, à en croire la relative popularité de l’Arpac, l’Association pour le rétablissement du port d’arme citoyen, rassemblant près de 15.000 personnes sur sa page Facebook. L’un de ses représentants se fait appeler Pierre Bourguignon. Il garantit: «Beaucoup de Français sont inquiets depuis le Bataclan et Nice. Leur revendication est plus assumée. Ces personnes ne souhaitent pas rivaliser avec la police mais ils ont conscience que ces dramatiques événements vont se répéter et ils ne se sentent pas assez protégés.» Édouard, l’administrateur de la page Facebook «Droit de porter des armes» depuis quatre ans, explique que, depuis les attentats de novembre 2015, le nombre de ‘likes’ a été multiplié par trois sur sa page, pour dépasser les 16.000. L’Arpac milite notamment pour faire reconnaître «le droit naturel à se défendre», et espère faire évoluer la législation vers l’autorisation du port de l’arme à feu dans l’espace public, sous condition d’une formation théorique et d’une pratique égale à celle dont bénéficie la police (avec notamment une obligation de passage au centre de tir). Et Pierre Bourguignon d’évoquer l’assassinat de Charb. Le dessinateur de Charlie Hebdo, qui pratiquait le tir sportif, avait réclamé, sans succès, l’autorisation de porter une arme.

La société française serait-elle victime d’hoplophobie, cette peur irrationnelle des armes à feu? Pour l’Institut Mirabeau, un Think tank de chercheurs et juristes créé après le 13 novembre 2015, s’intéresse au cadre juridique de la légitime défense des citoyens et de l’utilisation des armes à feu pour les forces de l’ordre, les Français doivent «se rééduquer aux armes à feu, se réapproprier cet élément qui appartient à leur histoire». Toutefois les deux priorités sont, pour L’institut MIRABEAU, la réforme du cadre juridique de l’emploi de la force et un accès du port d’arme réservé aux agents en capacité opérationnelle (militaires, réservistes opérationnels…)». Mais comme le concède volontiers Jean-Jacques Buigné, spécialiste du droit des armes et représentant l’Union française des amateurs d’armes, «l’univers des armes est assez fermé en France.». Charlie, le formateur du stand de tir du Val d’Oise reconnaît également que «le tir de loisir est un milieu discret, ce qui entretient les fantasmes autour.» Pierre-Maxime Sarron, le Directeur de l’Institut Mirabeau, pointe surtout le rôle de la Fédération: «la FFT suit l’idée du ‘Vivons bien, vivons cachés’». De plus, Édouard, l’administrateur de la page «Droit de porter des armes», justifie la discrétion des stands de tir par les récents contrôles de police effectués dans plusieurs d’entre eux, et déplore que les autorités fassent «un lien entre la pratique sportive et le terrorisme, alors qu’il n’y a aucun rapport».

Pour Pierre-Maxime Sarron, les attentats ont indéniablement eu un impact: «La FFT reste sur un triptyque tireur sportif/chasseur/collectionneur mais ne répond pas au citoyen lambda qui souhaite se défendre. Depuis l’attaque contre Charlie Hebdo et le 13 novembre, il y a une nouvelle sociologie dans ceux qui veulent savoir se servir d’une arme. Les stands sont saturés, pourtant, la Fédération ne peut légalement et ne souhaite pas proposer de cours de tir de défense opérationnelle.» L’Institut Mirabeau procède donc depuis novembre 2015 à un intense travail de lobbying auprès des parlementaires français, espérant faire émerger un débat sur la place publique: «Les attentats, puis de récents événements comme ceux de Viry-Châtillon ont mis les autorités au pied du mur. Les pouvoirs publics vont devoir s’emparer de la question», ajoute Pierre-Maxime Sarron.

L’institut Mirabeau explique avoir eu des contacts avec plusieurs équipes de campagne des candidats à la primaire de la droite et du centre, dont celles de Nicolas Sarkozy, François Fillon ou Jean-François Copé afin d’évoquer des pistes de réforme. Préférant s’orienter vers une réforme du port de l’arme des professionnels, aucun candidat déclaré ou potentiel à la prochaine élection présidentielle n’a, toutefois, à ce stade, déclaré soutenir une évolution de la législation sur le port d’armes.


Interdiction de détenir une arme à feu

Actuellement, il est interdit pour un civil de détenir une arme à feu, sauf s’il possède un permis de chasse ou qu’il dispose d’une licence de la Fédération française de tir, renouvelable tous les ans mais conditionnée par 6 mois d’ancienneté dans un stand de tir, une visite médicale suivie d’un accord de la préfecture qu’elle concède seulement après une enquête judiciaire. En revanche, un citoyen peut détenir une arme de catégorie D, telle qu’un poignard ou une matraque, mais le port de ces objets est illégal.