NOTRE DAME DES LANDES (Sud Ouest dimanche 10 décembre 2017 / 19 h 55)

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NOTRE DAME DES LANDES (Sud Ouest dimanche 10 décembre 2017 / 19 h 55)

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Si le rapport attendu mercredi peut clore ce long feuilleton, les zadistes ont déjà prévenu qu’ils ne quitteraient pas les lieux. Que l’aéroport se fasse ou non.
Combien sont-ils encore dans ce bocage hérissé de haies et de barricades dressées depuis déjà huit ans ? S’il est difficile de faire la part des choses et des êtres à l’ombre de cette assemblée hétéroclite d’écolos, de libertaires et de marginaux, entre 200 et 300 zadistes peupleraient aujourd’hui la soixantaine de campements aux fortunes et aux matériaux divers. « Mais si le projet d’aéroport est confirmé, alors, du jour au lendemain, nous serons à nouveau des milliers ici », promet l’un des gardiens de la ferme clandestine de Bellevue.
À trois jours de la remise d’un rapport qui pourrait clore enfin ce feuilleton vieux de presque cinquante ans, la ZAD de Notre-Dame-des-Landes affûte ses mots autant que ses armes de contestation massive. Que la mission de médiation aille dans le sens de l’aéroport et ceux-là promettent une nouvelle guerre de tranchées. Que le projet soit abandonné et les mêmes jurent de ne pas davantage s’en aller.
« Dans tous les cas on reste, car l’enjeu va bien au-delà », insiste l’un des porte-parole du mouvement. « Le but est d’inventer ici une autre forme d’agriculture, d’habitat, d’économie et de résistance politique. »
Plutôt que d’éteindre le conflit, l’affaire pourrait donc raviver encore l’interminable guérilla rurale.

La peur panique d’être infiltré :

Aux observateurs ayant laissé les zadistes pataugeant dans la boue et les lacrymogènes de l’opération César en 2012, disons que le camp retranché s’est depuis mué en résidence à peine surveillée. Aucun véhicule de gendarmerie ni patrouille à l’horizon, où l’on se doute pourtant que les services de renseignement guettent et rôdent, tandis que le gouvernement a d’ores et déjà promis d’envoyer la troupe terminer le travail autrefois bâclé par Jean-Marc Ayrault.
Le petit tour de ces vrais-faux propriétaires – qui craignent sans doute à juste titre l’infiltration – reste d’autant plus épineux que le collectif reconnaît la liberté de la presse tant qu’elle ne piétine pas son pré carré de 2 000 hectares. Passé le camp de base des Fosses Noires, mieux vaut ne pas remonter en voiture, au risque d’être aussitôt pris en chasse par un fourgon d’activistes. « Si vous continuez votre safari, c’est à vos risques et périls. Nous, on n’est pas méchants, mais les autres… »
Et de ne voir ici que ce que l’on veut bien nous donner à montrer. En l’occurrence un jardin d’Eden produisant encore abondamment pour cette fraîche fin d’automne. « Contrairement à d’autres ZAD, nous bénéficions d’un véritable soutien du monde agricole, et nous sommes devenus autonomes en légumes et farines », s’enorgueillit l’un de ceux qui répondent au surnom, unique pour chaque interlocuteur, de Camille.

L’enfer d’un piège médiéval ?

« Que ceux qui nous résument à une communauté hippie comprennent que la plupart des zadistes bossent plus de 35 heures par semaine. » Quand d’autres préfèrent d’abord cultiver ici la stratégie paramilitaire.
 » Cinq ans que l’on se prépare à un nouvel assaut, alors oui, ça va être un cauchemar de nous virer »
Fantasme ou réalité, le maquis de Notre-Dame-des-Landes aurait été transformé en véritable piège médiéval, de pieux tranchants en fossés profonds que surplombent d’ostensibles miradors de bois. « Cinq ans que l’on se prépare à un nouvel assaut, alors oui, ça va être un cauchemar de nous virer », menace-t-on, en jurant malgré tout que l’arsenal ne compte aucune arme à feu. « Notre violence sera peut-être dérisoire  face à celle des professionnels armés par l’État, mais pensez que nos 200 comités de soutien ont aussi préparé des actions de blocage dans toute la région, et même au-delà. »
Ne masquant pas un soupçon de curiosité à l’égard d’un rapport dont on murmure qu’il pourrait leur être plus favorable que les précédents, certains zadistes, pourtant, envisagent une issue jusqu’alors taboue. « Si l’État enterre l’aéroport, alors pourquoi ne pas réfléchir à la façon de lui louer légalement ces terres plutôt que de continuer à les squatter », ose l’une des voix portantes du mouvement.

Ces « Indiens » qui font peur…

À la croisée de ces chemins toujours encombrés de chicanes et d’épaves, l’idée est loin de faire l’unanimité. « La ZAD s’est hélas coupée en deux au fil des ans », reconnaît un vétéran.
À l’est de la zone, parmi des cabanes autrefois construites par d’autres plus dégourdis, une relève plus jeune et radicalisée cristallise aujourd’hui l’inquiétude. « On les appelle les primitivistes, une poignée d’Indiens – souvent “bien nés” – qui refusent même par principe de cultiver la terre », avoue-t-on discrètement dans les rangs du canal historique.
À l’autre bout de la chaîne zadiste, Willem Doedens préfère se tenir légèrement en marge de la marge, confessant en avoir soupé de la philosophie purement libertaire. « Moi non plus je ne me laisserai pas faire si les flics me délogent, mais mon but n’est pas de jouer à la guerre ou à l’occupation version l’île aux Enfants, explique cet éleveur-squatteur de 30 ans. Je veux d’abord vivre d’une agriculture réellement biologique, en ce sens je n’ai aucun problème à assumer un projet marchand. »

A la tête d’un troupeau dont le lait – a priori illégal – coule jusque dans les rayons des magasins Système U :

Avec la bénédiction d’un couple de vieux paysans expropriés, le voilà d’ailleurs à la tête d’un troupeau dont le lait – a priori illégal – coule depuis septembre jusque dans les rayons des magasins Système U « J’ai même mangé avec le PDG Serge Papin, un bon vivant », rigole-t-il de ce pied de nez au grand capital. « Tout ça pour dire que le dialogue est à nouveau possible. En oubliant l’aéroport, la normalisation se fera naturellement. Quelles que soient les velléités des anars purs et durs, la ZAD au moins ne sera plus pour eux un point de fixation. Si ce gouvernement est malin, il n’aura qu’à laisser s’éteindre le truc en douceur. »
Chronologie du feuilleton
1974
Création de la zone d’aménagement différé (ZAD) par arrêté préfectoral. Les terres sont progressivement préemptées par le Conseil général de Loire-Atlantique.

2000
Le Premier ministre Lionel Jospin relance le projet d’aéroport. Le débat public qui s’ensuit jusqu’en 2003 n’envisage pas le réaménagement de l’actuel aéroport de Nantes-Atlantique.

2008
Après avis favorable de la commission d’enquête, la DUP (déclaration d’utilité publique) est signée. Deux ans plus tard, le groupe Vinci est désigné pour construire et exploiter l’aéroport.
2012
Opération « César » pour expulser les zadistes. Après des semaines d’affrontements, François Hollande capitule et repousse les opérations sine die.