Police de sécurité du quotidien : un cadre encore très flou

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Police de sécurité du quotidien : un cadre encore très flou

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Alors que des expérimentations doivent démarrer en janvier, la concertation lancée par le ministre de l’intérieur s’est achevée mercredi. Laissant derrière elle autant d’espoirs que d’inquiétudes.

LE MONDE | 21.12.2017 à 06h42 • Mis à jour le 21.12.2017 à 12h15 | Par Julia Pascual

La nouvelle police de sécurité du quotidien (PSQ) doit être lancée en janvier 2018 dans une quinzaine de villes mais, à la veille de cette expérimentation, une part importante de mystère demeure sur ce qui la constituera. Assurant que cette nouvelle force de l’ordre n’aurait rien à voir avec la police de proximité des années Jospin, le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, avait expliqué son ambition, le 18 octobre, devant les forces de l’ordre. Pour lui, ce nouveau dispositif aurait l’objectif de « retisser avec les associations, les élus locaux, la police municipale, des formes d’actions rénovées » et de « résorber la défiance qui s’est parfois instaurée dans certains quartiers ».
Dans la foulée, une concertation avait été lancée, fin octobre, par le ministère de l’intérieur, qui s’est achevée mercredi 20 décembre. Elle s’est déployée sur trois niveaux : un questionnaire a été envoyé aux 250 000 gendarmes et policiers de France, des préfets ont organisé des réunions dans les départements, et, à l’échelle nationale, syndicats, associations d’élus et chercheurs ont été invités à faire des propositions. Une méthode assez inédite place Beauvau et qui, sur le papier, était plutôt bien accueillie. Sur le terrain, sa déclinaison semble cependant avoir pris une forme très hétérogène.
« Un grand absent : l’usager »
François Rebsamen, maire (PS) de Dijon et président de la commission sécurité de l’Association des maires de France, regrette ainsi que « par endroits, les préfets ont juste réuni les maires du département pendant trois heures, et tout le monde s’est ennuyé ». Les attentes d’élus ruraux se mêlant indistinctement à celles d’élus de zones urbaines. « Aucune consigne n’a été donnée, explique M. Rebsamen. Donc, ça n’a servi à rien. » « Les remontées sont globalement assez décevantes », corrobore Jean-Luc Moudenc, maire (LR) de Toulouse et président de France urbaine, association qui regroupe les élus des grandes villes.
« Il y a quand même un grand absent, c’est l’usager », pointe Jacques de Maillard, directeur adjoint du Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales. On reste entre experts et institutionnels. » Même analyse de Sebastian Roché, directeur de recherches au CNRS : « On a demandé aux préfets de faire dans des délais très courts, et la consultation de la population manque. Du coup, les doléances autour de la question de la confiance ou des contrôles d’identité remontent mal. »
Du côté des policiers et gendarmes, plus de 50 000 questionnaires auraient été renvoyés au ministère. Ils sont en phase d’exploitation mais un cadre de la place Beauvau pronostique : « Il n’y aura pas de surprises. On va retrouver une demande d’augmentation des effectifs, de recentrage des missions sur le cœur de métier, de simplification de la procédure pénale et d’un management rénové pour une plus grande association des policiers à la définition de leurs objectifs. »
Des pistes déjà actées par le gouvernement. Pour recentrer les forces de l’ordre sur leurs missions, la réforme de la procédure pénale, jugée trop chronophage par les fonctionnaires, est très attendue. Tout comme la mise en place d’une amende forfaitaire pour réprimer plus efficacement l’usage de stupéfiants ou des délits simples tels que le vol à l’étalage. Mais ces chantiers législatifs n’aboutiront pas avant plusieurs mois.
Schémas de complémentarité
De même, Gérard Collomb plaide pour la mise en œuvre d’un « continuum de sécurité » avec les polices municipales et les entreprises de sécurité privée. « Il faut trouver des schémas de complémentarité, appuie le cadre de la place Beauvau. Il y a, par exemple, 23 000 policiers municipaux en France, mais pas de consensus sur leur emploi. Certains imitent la police nationale, d’autres sont à l’image des gardes champêtres. Le moment est venu de les orienter sur les missions de tranquillité publique, tout le champ infrapénal qu’on n’a pas le temps de faire, le tapage, la saleté dans les rues, le stationnement anarchique… »
« S’il n’y a pas de moyens supplémentaires alors que les policiers nationaux ont un surcroît de travail, notamment en investigation, ça ne marchera pas »

Un schéma pour lequel les élus semblent disposés : « Cela fait des années que l’on demande d’établir de nouvelles relations contractuelles avec un partage précis des tâches, soutient François Rebsamen. Mais ça ne peut pas être un simple transfert de charges. Ça ne peut pas passer sans que la PSQ ait des effectifs dédiés. » « S’il n’y a pas de moyens supplémentaires alors que les policiers nationaux ont un surcroît de travail, notamment en investigation, ça ne marchera pas », avertit Jean-Luc Moudenc. Le recrutement de 10 000 policiers et gendarmes sur la durée du quinquennat fait certes partie des leviers d’action, mais « les effectifs seront quasiment absorbés de facto par la réforme des cycles horaires [en application d’une directive européenne sur le temps de travail] », prévient Patrice Ribeiro, du syndicat d’officiers Synergie.
Les inquiétudes restent donc entières à la veille du lancement de la PSQ. « Pour le moment, on attend, on joue le jeu, résume Céline Berthon, du Syndicat des commissaires de la police nationale. Tout le monde a intégré qu’il n’y aurait pas de révolution copernicienne mais on a mis en garde le ministre. La PSQ ne peut pas être qu’un objet de communication. »

Un cadre de la police voit dans ces contours incertains un gage de réussite : « On prend le temps, on s’inscrit dans une démarche évolutive, ce qui est novateur pour un ministère plutôt habitué à l’immédiateté. Une des clés, c’est de concevoir le dispositif au plus près du terrain. »