La djihadiste française Emilie König a désormais un visage ( fille de gendarme )

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La djihadiste française Emilie König a désormais un visage ( fille de gendarme )

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Les miliciens kurdes de Syrie ont diffusé lundi une vidéo de l’ex-djihadiste française Emilie König. Visage découvert, la Bretonne de 33 ans se retrouve au cœur d’une bataille médiatique et politique

Emilie König n’est plus un regard caché derrière un niqab noir. Longtemps présentée comme l’une des recruteuses étrangères de Daech – elle aurait été en contact avec plus de 200 Européennes par internet –, la Bretonne de 33 ans, arrêtée en décembre par les forces kurdes syriennes, a retrouvé son visage.

Diffusée lundi par le service de presse des «Unités de protection du peuple» (la milice kurde qui l’a interpellée lors des opérations de ratissage autour de Raqqa, l’ex capitale de Daech, tombée en novembre), une courte vidéo la montre en train de répondre, en arabe, à une série de questions, sans indications sur le lieu et la date de l’enregistrement. L’ex-djihadiste, placée en 2015 par les autorités américaines sur leur liste des terroristes les plus recherchés, explique être bien traitée, avoir pu parler au téléphone avec sa mère qui demeure à Lorient (Bretagne) et être en contact avec ses enfants, interpellés avec elle.

Sur leurs lieux de capture

Vêtue d’un survêtement rose, visage découvert, piercing à la narine gauche, cette jeune femme brune, fille de gendarme, confirme s’être rendue en Syrie à l’automne 2012 pour y retrouver son second mari, Ibrahim, rencontré sur Internet par Skype, puis épousé. L’homme aurait trouvé la mort en 2015, lors de frappes de la coalition anti-Daech. Le nom d’Emilie König a plusieurs fois été cité lors de procès récents de filières islamistes en France. Elle est même poursuivie dans le cadre de la filière de Nîmes, jugée cet été à Paris. En juillet 2015, Mohamed Achamlane, le chef du groupe nantais «Forsane Alizza», qu’elle avait un temps tenté d’intégrer, avait par ailleurs été condamné à neuf ans de prison ferme.

Le fait d’entendre et de voir Emilie König donne un tour nouveau au feuilleton du potentiel rapatriement dans l’hexagone des ex-djihadistes français interpellés en Syrie et en Irak. Mère d’un garçon de 4 ans né de son union avec un radicalisé français nîmois, Axel Baeza, et de deux soeurs jumelles nées en Syrie de son deuxième époux défunt, cette ex-adolescente rebelle, fille d’un gendarme, est appuyée par l’avocat parisien Bruno Vinay, défenseur de plusieurs individus radicalisés détenus ou assignés à résidence.

La semaine dernière, Bruno Vinay avait rendu public l’envoi d’une lettre personnelle à Emmanuel Macron, dans laquelle l’ex-Lorientaise demandait à être jugée en France. Un début de polémique avait aussitôt démarré, conduisant le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux à confirmer la volonté de Paris de voir ses ressortissants jugés sur leurs lieux de capture, si les «institutions judiciaires sont en capacité d’assurer un procès équitable» avec des «droits de la défense respectés».

«Le cas par cas serait un piège»

Cette vidéo, rapidement diffusée après la confirmation de la détention de la jeune femme et la visite à Paris du président Turc Erdogan, est un acte politique de la part des miliciens kurdes. En plus de dire à l’écran qu’elle est «bien traitée» et qu’elle «n’a pas été torturée», Emilie König affirme que le processus d’interrogatoire et de vérification d’identité qu’elle a subi «est similaire» à celui qu’elle aurait eu en France. «A partir du moment où le gouvernement français a parlé de justice sur place, il s’est condamné à reconnaitre le système judiciaire du Kurdistan, explique un ancien avocat syrien. Or le Kurdistan n’est pas un Etat. L’imbroglio est total.»

La logique politique voudrait qu’Emilie König soit remise à la justice syrienne, ce qui est impossible au vu des exactions commises par le régime de Bachar El Assad. Autre imbroglio: celui engendré par les itinéraires différents de la trentaine de djihadistes français actuellement détenus au Kurdistan irakien et syrien. «Faut-il traiter différemment les femmes des hommes? Faut-il rapatrier ceux qui acceptent de coopérer avec les services de renseignement? Le cas par cas serait un piège pour l’Etat de droit», s’indignait vendredi l’avocat d’Emilie König. La trentenaire bretonne n’en a pas fini de tourmenter la France.