Gendarme et montagnarde

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Gendarme et montagnarde

Posté dans : Actualités le

12 mars 2018 – Par la capitaine Céline Morin

En janvier 2012, Alice Coldefy, alors fraîchement sortie d’école, intègre le prestigieux peloton de gendarmerie de haute montagne de Chamonix. Désormais affectée à La Réunion, la désormais aguerrie maréchale des logis-chef revient sur ses premiers pas en gendarmerie et dans le monde du secours en montagne.

Rien ne prédestinait cette jeune Parisienne au métier de gendarme, ni même au milieu de la montagne. C’est à Fontainebleau, que, jeune adolescente, Alice commence à pratiquer l’escalade. Elle passe également ses vacances d’hiver en famille à Chamonix. L’amour de la montagne la gagne jusqu’à la pousser à s’installer en Haute-Savoie. Son objectif : faire de l’alpinisme son quotidien et devenir guide de haute montagne. Mais en attendant, il faut bien vivre.

Des débuts de GAV au Cnisag

Pôle Emploi l’oriente alors vers la gendarmerie, qui recrute des gendarmes adjoints volontaires emplois particuliers. C’est ainsi, en qualité de magasinière au Centre national d’instruction de ski et d’alpinisme de la gendarmerie, qu’elle découvre, en 2007, l’Institution, « pas vraiment connue dans les rues de Paris » et le métier de gendarme secouriste. Au contact des militaires des PGHM naît sa vocation. Alice passe avec succès le concours de sous-officier et intègre l’école de Montluçon le 4 janvier 2011. Un an plus tard, elle est directement affectée au PGHM de Chamonix grâce à sa formation préalable d’aspirant-guide. Elle est alors la deuxième femme à rejoindre les rangs des unités montagne, quelques mois seulement après la gendarme Véranne Bonneuil, affectée au PGM de Morêt. « J’ai été bien accueillie. Je connaissais tout le monde. Le fait d’être une femme ne changeait rien pour mes camarades ».

Montagnards et gendarmes

Elle passe ensuite les formations de secouriste au Cnisag (PSE1 et 2), puis son Brevet de secours montagne. Une formation pointue sur le plan du secours et de la police judiciaire qui lui permet de remplir pleinement les missions du PGHM.

« Nous avons deux casquettes : celle de secouristes et celle d’enquêteurs dans le milieu de la haute montagne. Le volet judiciaire est important, même si les conclusions sont souvent plus simples qu’en brigade. Même pour un accident simple, on fait toujours un renseignement administratif. Le volume procédural peut très vite prendre de l’importance dès lors qu’il y a un accident mortel ou impliquant un professionnel. »

10 ans avec le Mont-Blanc en toile de fond

Pendant près de 10 ans, Alice travaille ainsi avec le Mont-Blanc en toile de fond. Hiver comme été, Chamonix connaît une forte activité. Au PGHM, quatre secouristes sont quotidiennement Premiers à marcher (Pam).

Pendant 24 heures, ils sont en mesure d’intervenir, dans un délai de très court, de l’ordre de 10 minutes la nuit et encore moins en journée en étant d’alerte sur la D.Z.. « On entend souvent dire qu’on a plus de chance d’être rapidement secouru en montagne qu’au cœur de Paris ».

Deux autres personnels sont Second à marcher (Sam), en mesure d’intervenir dans un délai de 20 minutes, en renfort des Pam, si les secours sont trop nombreux ou d’ampleur. Enfin, un personnel est en poste au planton 24 heures au cours desquelles il est chargé de transmettre toutes les alertes aux PAM.

« Unité et cohésion »

Les entraînements tiennent évidemment une place importante dans la vie des PGHM. Un temps est sanctuarisé chaque semaine pour ceux qui ne sont pas d’astreinte.

« En montagne, aucune intervention n’est anodine. Les conditions peuvent très vite changer et ce milieu ne laisse pas de place à l’erreur. Nous devons donc être physiquement et mentalement prêts. Du jour au lendemain, on peut se retrouver à devoir marcher pendant deux jours dans la neige avec matériels et perche à la recherche d’une personne. L’entraînement est primordial pour rester opérationnel. On fait de l’endurance, des courses en montagne, et puis on pratique aussi les activités que l’on aime, comme l’escalade pour moi ». À cela s’ajoutent les entraînements avec la section aérienne.

À Chamonix près de 95 % des interventions sont héliportées

En effet, à Chamonix, hiver comme été, près de 95 % des interventions du PGHM sont héliportées. « Cela nous permet de roder nos automatismes, mais aussi de comprendre nos contraintes respectives et celles des victimes. Nous sommes dans un dialogue permanent ».

L’unité et la cohésion sont essentielles sur le terrain, mais plus qu’ailleurs, elles semblent naturelles. « D’abord parce que nous partageons une même passion. Ensuite, par principe, on ne part jamais en montagne seul. Une fois là-haut, on a toujours besoin de l’autre. La confiance dans son ou ses équipiers est essentielle. C’est quelque chose de très fort chez nous, mais aussi avec les équipages de la section aérienne ».

Des secours…

« Parmi nos secours, les interventions un peu farfelues côtoient des histoires dramatiques ». La MDC Coldefy fait d’ailleurs partie des gendarmes dépêchés en renfort sur le site du crash de la Germanwings, dans les Alpes-de-Haute-Provence, avec pour mission de retrouver les boîtes noires et de ramasser les éléments identifiables. Une mission physiquement et psychologiquement éprouvante… Comme chaque fois qu’il y a une détresse humaine.

« On noue des liens assez forts avec les familles des disparus ou des défunts. Elles se raccrochent souvent à nous, peut-être parce que nous avons la même passion de la montagne que leurs proches et que nous sommes un lien avec ce milieu ».

… et de la prévention

« Bien souvent les gens s’aventurent dans un milieu qu’ils ne connaissent pas. Si les conditions météo et leur forme physique sont bonnes, ça peut passer, mais au moindre grain de sable, comme c’est souvent le cas en montagne, ils sont perdus. Le PGHM de Chamonix tient une permanence sur l’itinéraire du Mont-Blanc afin de conseiller les randonneurs sur leur itinéraire, les conditions météo, leur équipement, la difficulté. »

Membre du cercle très fermé des guides de haute montagne

Alpiniste chevronnée, Alice Coldefy fait également aujourd’hui partie du cercle fermé des guides de haute montagne. La France en compte 1 600, dont une trentaine de femmes.

« Pour faire ce métier, il faut être passionné de montagne. C’est ainsi plus facile de faire les compromis nécessaires. Il faut aussi avoir de la volonté, savoir s’adapter aux milieux, aux situations et aux gens, savoir dialoguer et communiquer, notamment sous pression. »

Du Mont-Blanc au Piton des Neiges

Après 10 ans passés à Chamonix, c’est à La Réunion, au sein du PGHM de Sainte-Marie, où elle est affectée depuis l’été 2017, que la MDC Coldefy emploie désormais son savoir-faire. « La Réunion, c’est beaucoup de randonnées, mais aussi du canyoning, des secours en mer et des interventions au profit des habitants isolés au cœur des cirques »

L’activité est très importante dans le domaine du secours. D’ailleurs, le nombre d’interventions par secouriste est plus élevé qu’à Chamonix. « En seulement 4 mois, j’ai réalisé plus d’une cinquantaine de secours très variés ».

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, les chemins de randonnée de la Réunion sont très techniques. Beaucoup ne sont accessibles qu’à de très bons marcheurs et deviennent très vite impraticables en cas de fortes pluies, en raison de la boue et des chutes de pierres. Une des problématiques de l’île tient d’ailleurs à la météo.

En effet, le mauvais temps peut venir très vite en montagne, compliquant ainsi l’utilisation de l’hélicoptère. « De fait, nous sommes très souvent amenés à intervenir en caravane pédestre et, quand la météo est mauvaise, nous pouvons facilement consacrer une demi-journée à un secours pour une blessure à la cheville. »

De nouvelles missions, dans un nouveau milieu qu’il lui a fallu rapidement assimiler. « C’est essentiel pour être en mesure de prendre les alertes. Sinon, le métier, les réflexes restent les mêmes ».