A Trèbes, l’hommage aux victimes des attaques : « On est avec eux par le cœur et les sentiments »

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A Trèbes, l’hommage aux victimes des attaques : « On est avec eux par le cœur et les sentiments »

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Plusieurs centaines de personnes ont assisté, dimanche, à une messe en l’honneur des victimes de l’attentat de vendredi.
LE MONDE | 25.03.2018 à 16h19 • Mis à jour le 25.03.2018 à 16h26 | Par Yann Bouchez (envoyé spécial)

 

Ils sont nombreux à ne pas avoir pu entrer. Alors, en ce dimanche matin, quelque 200 personnes restent dehors, mélangées aux journalistes, dans cette rue dont le nom – « du 14-Juillet » – semble donner une résonance nationale à l’atmosphère de deuil. Deux jours après l’attentat commis dans cette commune de la banlieue de Carcassonne, la petite église Saint-Etienne de Trèbes (Aude) est pleine à craquer. Il a fallu se serrer sous la nef. Et, malgré les efforts de chacun et les médias restés à l’extérieur, la capacité de 350 places s’est révélée insuffisante.
« Nous découvrons d’un seul coup notre précarité, mais ces événements ont aussi soudé les gens », a commenté l’archevêque du diocèse de Carcassonne et Narbonne, Mgr Alain Planet, avant le début de la cérémonie. « Ils ont aussi été l’occasion de voir un geste exceptionnel de dévouement, a-t-il poursuivi, en référence au lieutenant-colonel Beltrame, qui s’est substitué à la dernière otage de l’assaillant du Super U de Trèbes, vendredi. La France tout entière a été marquée par ce geste, comme la communauté chrétienne, puisque Arnaud Beltrame en était membre. Ce geste a un sens particulier en début de semaine sainte. »
En ce dimanche des Rameaux, qui voit des fidèles tenir une branche d’olivier à la main, l’émotion était contenue, silencieuse, comme si réaliser l’ampleur du drame de vendredi restait difficile. Trébéens de naissance et habitants de la région étaient là par « solidarité », pour montrer leur « soutien » aux familles des quatre personnes mortes – Jean Mazières, Christian Medves, Hervé Sosna et Arnaud Beltrame – et de la quinzaine de blessés qui ont croisé l’itinéraire sanglant de Redouane Lakdim. « Même si on ne peut pas savoir ce que cela fait de perdre un membre de sa famille dans ces circonstances, on est là pour dire qu’on est avec eux par le cœur et les sentiments », résumait Michel Gaillard, un retraité de la ville.
La cérémonie s’est tenue sous un imposant dispositif sécuritaire. Dès le début de la matinée, la commune était quadrillée par des dizaines de CRS. A l’entrée de chacune des petites rues donnant accès à l’église, on apercevait des policiers lourdement armés. Le préfet de l’Aude, Alain Thirion, ainsi que le maire de Trèbes, Eric Ménassi, et son épouse, Samia, par ailleurs directrice du Super U, figuraient parmi les personnalités présentes.
Avant d’entrer dans le lieu de culte, les habitués de la messe ont côtoyé ceux qui sont venus « par devoir », ou tout simplement parce que c’était pour eux « une évidence ». « J’ai vécu beaucoup de choses, mais c’est triste d’en arriver là, dans une ville comme ici, très mélangée, avec des Arabes, des Gitans… », disait Gisèle Hieramente, une retraitée aux petites lunettes rouges et aux cheveux courts et blancs. Depuis qu’elle s’est installée à Trèbes, il y a quelques mois, elle vient à la messe « tous les dimanches ». « Ici il y a de la pauvreté, c’est une petite ville qui a du mal à émerger », explique-t-elle pour remettre en contexte le choc subi par cette commune à l’est de Carcassonne. « On est un petit village, ce qui est arrivé est exceptionnel, incroyable », confirmait Michel Gaillard, la soixantaine, venu avec son épouse « par amitié, par connaissance ».
A l’image de Danielle Testa, une autre retraitée présente et qui « connaît la directrice du Super U », la plupart des 5 500 habitants de Trèbes se sont dit qu’ils auraient pu être dans le supermarché au moment de l’attaque meurtrière. Pourtant, jusqu’à récemment, beaucoup n’imaginaient pas qu’une commune rurale puisse être l’objet d’un tel événement dramatique. « Tous les gens se disent : ç’aurait pu nous arriver à nous. Ils sont choqués, tristes et solidaires avec ceux qui souffrent », résumait le curé de la paroisse, Philippe Guitart. Avant de prévenir : « Il faut éviter tout amalgame, aider les gens à vivre ensemble, pas malgré les différences mais avec les différences. Cette semaine va être remplie de tristesse mais aussi d’espoir, et c’est ce que nous célébrons aujourd’hui. »
Avec Mgr Planet, le curé a tenu à souligner la présence des fidèles de la mosquée Salam de Carcassonne, comme une illustration de cette volonté de rassemblement. Parmi la foule restée à l’extérieur figuraient une vingtaine de membres de l’association culturelle de l’Aiguille, un quartier populaire de Trèbes jouxtant le Super U. « En tant que citoyens français, pour nous, c’était une évidence d’être ici, pour montrer notre solidarité, a expliqué Mourad El Bitaoui, le président de l’association, après la cérémonie qu’il a écoutée grâce à des haut-parleurs installés pour la foule. Et puis, en tant que citoyen musulman, avec tout ce qui se dit déjà et ce qui va se dire, c’était important de montrer notre soutien et de partager la peine et le deuil des familles présentes aujourd’hui. »
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L’assaillant du Super U ayant été présenté « en relation avec la mouvance islamiste radicale », M. El Bitaoui craint les amalgames. Des musulmans de la cité de l’Aiguille qui ont travaillé pour l’enseigne, à un moment ou un autre, il y en a beaucoup. « Bien sûr que nous condamnons avec la plus grande fermeté, nous désavouons et nous nous désolidarisons de tout ce qui a pu se faire vendredi 23 mars et lors des autres attaques par le passé, dit-il. On le répète et on ne cessera de le dire : l’islam que nous prônons et que nous défendons n’a rien à voir avec ce qui a pu se faire. C’est évident, ça devient fatigant de le répéter, mais même s’il faut faire un million de fois, on le fera. Ce genre de personnes, je les qualifie plus de fous, d’aliénés, d’assassins que d’islamistes. »
« On est des musulmans audois, tout ce qui arrive dans l’Aude nous concerne et nous peine », ajoute à ses côtés Mohammed El Habchi, président du regroupement des associations islamiques de l’Aude. Lui a parcouru plus de 60 kilomètres, depuis Quillan, à une soixantaine de kilomètres de là, dans le sud du département.
Puis, sur les coups de midi, la foule s’est dispersée, l’église s’est vidée. Quelques proches des victimes se sont enlacés, submergés par l’émotion. Pour la première fois de la journée, des sanglots et des cris de tristesse ont résonné sous un ciel gris, devant l’église. Une « marche pour la paix » devrait avoir lieu, probablement samedi 31 mars, à Carcassonne.