Notre-Dame-des-Landes : les gendarmes en attente de la reprise des expulsions dans la ZAD

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Notre-Dame-des-Landes : les gendarmes en attente de la reprise des expulsions dans la ZAD

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Les forces de l’ordre se félicitent de leurs opérations de « concours de la force publique » et des destructions menées « squat par squat ».
LE MONDE | 30.04.2018 à 11h23 | Par Julia Pascual
Après avoir concouru à l’éviction de 29 squats sur les 97 recensés à Notre-Dame-des-Landes, la gendarmerie nationale est désormais dans l’attente de pouvoir poursuivre ses opérations. Le 14 mai, le comité de pilotage réuni par la préfecture de Loire-Atlantique doit analyser les demandes de régularisation déposées par des occupants de la « zone à défendre » (ZAD). Au 23 avril, 41 avaient été dénombrées – dont 28 pour des projets agricoles. A l’issue de cet examen, les expulsions devraient reprendre pour conclure l’opération de gendarmerie débutée le 9 avril et dont les autorités se disent, jusqu’à présent, satisfaites. « La mission a été remplie », résume un cadre de la place Beauvau.
Les forces de l’ordre ont d’abord procédé au démantèlement de squats dans un périmètre entourant la route départementale 281, aussi appelée « route des chicanes », qui est l’un des principaux axes traversant la ZAD. Le ciblage a procédé à la fois d’une analyse juridique et d’un choix d’opportunité. « Ça a été compliqué et on a travaillé squat par squat, en interministériel, détaille une source proche du dossier. Il est évident que nous n’allions pas dégager des occupants historiques qui ont vocation à se voir rétrocéder leur terrain. C’était difficile de faire plus. »
Les parcelles n’abritant ni des habitats en « dur » ni des projets agricoles ont été privilégiées : 29 squats au total ont été évacués, puis détruits. Cette première phase a été présentée non pas comme une opération de maintien de l’ordre, mais comme un « concours de la force publique » à des décisions judiciaires d’expulsion. « Ce sont les huissiers qui sont à la manœuvre, a insisté le directeur général de la gendarmerie nationale, le général Richard Lizurey, interviewé sur la chaîne BFM-TV. Aucun gendarme ne procède à des déconstructions. Nous accompagnons le mouvement », assure-t-il.
Moyens considérables
En engageant 2 500 militaires sur place le 9 avril, les autorités tablent alors sur un effet dissuasif – à défaut de pouvoir jouer sur un effet de surprise –, dans le but, notamment, de juguler les opposants les plus déterminés et de convaincre les réticents d’entrer dans un processus de normalisation. Dès le 12, le président de la République annonce sur TF1 que « tout ce qui était évacuable a été évacué » et tend la main aux zadistes, tandis que le 15, un rassemblement de soutien aux occupants expulsés réunit, dans la ZAD, de 5 000 à 6 000 personnes selon les gendarmes, quatre fois plus selon les organisateurs.
L’afflux de personnes, accompagné d’une recrudescence des affrontements, pose une difficulté supplémentaire aux forces de l’ordre. « Le problème, ce n’est pas le nombre mais l’imbrication entre des gens plutôt sympathiques et 700 à 800 opportunistes qui sont là pour le fight », résume prosaïquement le cadre de la Place Beauvau. La possibilité d’empêcher l’accès à la zone a été étudiée, mais aussitôt écartée. Elle est juridiquement intenable et matériellement impossible. « La ZAD est tellement vaste qu’elle est forcément poreuse », constate Frédéric Le Louette, président de Gend XXI, une association professionnelle de gendarmes. L’objectif est alors d’empêcher que des opposants ne rejoignent les parcelles évacuées la semaine précédente pour y entreprendre des reconstructions.
Les moyens engagés sont considérables : depuis le 9 avril, quelque 10 000 grenades lacrymogènes ont été employées, auxquelles s’ajoutent plusieurs centaines de grenades lacrymogènes assourdissantes, ainsi que des grenades de désencerclement. Les militaires ont aussi eu recours à des lanceurs de balles de défense. « Il n’y a pas eu de dérapage, la réponse a été proportionnée », assure un cadre de la gendarmerie. Il y aurait plus de 270 blessés parmi les défenseurs de la ZAD, selon leur équipe médicale, qui a saisi le Défenseur des droits. La gendarmerie dénombre de son côté 80 blessés, dont plus du tiers a subi des traumatismes sonores. Au total, moins de trente interpellations ont débouché sur des gardes à vue. « Cette phase a été plutôt bien gérée, sachant qu’il fallait faire preuve de retenue », considère pour sa part Frédéric Le Louette.
La gendarmerie continue de mener aujourd’hui un « contrôle de zone » dans le but d’empêcher toute tentative de reconstruction. Le nombre de gendarmes sur place devrait descendre en dessous de 1 000. Jusqu’à ce que les expulsions reprennent.