les arnaqueurs « au patron » s’en prenaient aux châteaux

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les arnaqueurs « au patron » s’en prenaient aux châteaux

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Publié le 14/06/2018 à 8h40 par FLORENCE MOREAU. (Sud Ouest)

L’opération a été coordonnée par la SR de Bordeaux.
Les gendarmes de la section de recherches de Bordeaux viennent de démanteler un réseau d’« arnaques au patron ». Préjudice estimé : 18 millions d’euros .
A l’international, ce sont les « CEO frauds ». Traduction, les « arnaques au président » (PDG). Un fléau économique. Depuis 2010, prenant la forme de faux ordres de virement international (Fovi) ou de changement de RIB, ces escroqueries ont fait de nombreuses victimes parmi les entreprises françaises.
À chaque fois, l’escroquerie passe par une très bonne connaissance de l’entreprise, souvent acquise sur les réseaux sociaux, et repose sur le caractère urgent et confidentiel de l’appel. Et cela fonctionne ! Dans le cas des Fovi, par mail ou par téléphone, l’arnaqueur insistant et pressant se fait passer pour un des dirigeants de la société et persuade son interlocuteur d’opérer un virement important en urgence. Dans le second, l’escroc convainc qu’il est un fournisseur et indique un changement de coordonnées bancaires.
Des châteaux visés
Dans un récent bulletin d’information, Europol se félicite de l’arrestation des principaux suspects d’un réseau organisé qui serait derrière plus d’une vingtaine de cas d’arnaques au président au détriment de sociétés françaises et belges. Le montant du préjudice est estimé par Europol à quelque 18 millions d’euros de préjudice. Et ce sont les gendarmes de la section de recherches de Bordeaux, emmenés par le colonel José Montull, qui ont permis ce démantèlement.
Le dossier trouve son origine en Gironde. En juin 2016, un grand cru du Médoc s’est ainsi fait escroquer de quelque 800 000 euros. Un homme s’est fait passer pour un fournisseur de cuves du château qui avait changé de coordonnées bancaires. Les enquêteurs du GVin (groupe vin, spécialisé dans les enquêtes touchant le milieu viticole) de la SR ont été saisis par la juridiction interrégionale spécialisée.
Ils suivent l’argent à la trace
D’autres plaintes ont suivi. D’une entreprise de recyclage délestée de 400 000 euros et d’autres châteaux. Tout de suite, les enquêteurs ont compris qu’ils traquaient une organisation criminelle d’envergure et très active. En suivant les maigres traces laissées de compte en compte par l’argent escroqué, les gendarmes se sont fait une idée plus précise du circuit emprunté. Et donc du mode opératoire.
Des mules étaient recrutées dans le nord de la France ou en Belgique et envoyées en Roumanie pour créer des sociétés et ouvrir les comptes bancaires qui vont avec et par lesquels transitait l’argent escroqué avant de rebondir en Asie.
Dans le cadre de cette affaire, sept personnes, des mules et leurs recruteurs, ont déjà été arrêtées il y a un an. Selon Europol, les efforts continus et conjugués des enquêteurs français, belges, roumains et israéliens ont permis « d’identifier et localiser quatre individus agissant depuis Israël et considérés comme les cerveaux de ce réseau déchu ».
Le 28 mai dernier, ces quatre personnes ciblées par la SR de Bordeaux qui coordonnait l’opération ont été arrêtées avec le soutien de la police israélienne en différents endroits du pays. Parmi ces têtes présumées, figure en tant que logisticien un Français ayant fait l’Alya (immigration en Israël par un juif) et recherché à Lyon pour des faits similaires. Il a donc été mis hors circuit criminel.
Des ordinateurs, téléphones et des informations financières ont été saisis lors des perquisitions et devraient servir pour les suites de l’enquête qui se tourne désormais vers l’Asie. « Comme les escrocs opèrent hors de l’Union européenne, c’est seulement avec une coopération internationale et en mettant l’accent sur le recouvrement d’avoirs que nous obtiendrons des résultats significatifs dans la lutte contre ces crimes », se félicite Wil Gemert, le directeur exécutif adjoint des opérations d’Europol.