L’affaire Mireille Knoll a viré à la guerre entre police et gendarmerie

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L’affaire Mireille Knoll a viré à la guerre entre police et gendarmerie

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13h26 , le 22 juin 2018, modifié à 18h19 , le 22 juin 2018   – Europe 1 –
Dans l’enquête sur le meurtre de l’octogénaire juive Mireille Knoll, commis en mars dernier à Paris, les juges d’instruction ont co-saisi la gendarmerie avant de faire marche-arrière, en raison de la colère des policiers qui étaient déjà en charge des investigations.
Le meurtre de Mireille Knoll est-il antisémite? Trois mois après la mort de cette femme juive de 85 ans qui avait provoqué l’indignation nationale, l’enquête patine et le mobile reste incertain. Le Parisien raconte même vendredi que cette question est au cœur de crispations entre la police et la gendarmerie. Les juges d’instruction avaient en effet fait appel le 3 avril aux gendarmes de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’Humanité (OCLCH), avant de faire machine arrière le 18 mai sans résultats probants.
Cet office créé en 2013 peut en effet enquêter, outre les crimes de guerre, sur ceux dit de « haine », rappelle Le Parisien, et avait donc ici pour mission de « confirmer ou infirmer le caractère antisémite » du meurtre de Mireille Knoll, dont le corps avait avait été retrouvé lardé de onze coups de couteaux et partiellement carbonisé dans son appartement d’une HLM du 11e arrondissement de Paris. Deux suspects, qui s’étaient connus en prison et s’accusent mutuellement du crime, avaient été vite identifiés : Yacine Mihoub, le fils d’une voisine âgé de 28 ans, et Alex Carrimbacus, un marginal de 21 ans. S’appuyant notamment sur les déclarations du plus jeune en garde à vue, le parquet avait décidé de retenir la qualification antisémite avant ce que dernier change de version devant les juges.
Une « absence de communication » entre services « préjudiciable à la manifestation de la vérité »
Sauf que la désignation de l’OCLCH a provoqué la colère de la Police judiciaire de Paris, chargée des premières investigations. « Les deux services se sont livrés à une guerre de tranchées », confirme au quotidien un connaisseur du dossier. Des procès-verbaux et des courriers le confirment : une adjudante de gendarmerie se plaint de ne pas être reçue par le commandant du 2e district de la PJ, qui doute en retour de la compétence de l’Office. Un responsable du service de police écrit ainsi en avril aux juges pour regretter « l’absence de tout contact préalable » et un « défaut de concertation antérieurement à la cosaisine », qui induisent « un déficit de confiance incompatible avec une poursuite coordonnée des investigations ».
Un climat qui conduira les magistrats à retirer l’affaire à l’OCLCH – qui avait à peine commencer à vérifier les pages Facebook des suspects -, expliquant que « l’absence de communication » entre les deux services « sera préjudiciable à la manifestation de la vérité ». En retour, le patron de la gendarmerie, Richard Lizurey, s’est personnellement indigné auprès des juges contre ce qu’il estime être « une intervention directe » de la police dans cette procédure. Et le responsable de conclure « qu’à l’avenir, une collaboration constructive [de la police] avec la gendarmerie ne sera plus possible ».
Ce courrier au ton virulent est jugé désobligeant au sein de la police judiciaire (PJ) parisienne. Car la version des enquêteurs du 36 rue du bastion n’est pas du tout la même. Ils reprochent aux gendarmes une « inélégance » dans leur comportement. Ceux-ci ont en effet rencontré les deux juges d’instruction en charge du dossier pour leur proposer leurs services, alors même que les policiers étaient déjà saisis. Cette démarche avait en outre été entreprise sans que la PJ n’en soit informée, ni par les gendarmes, ni par les juges. « Cette manière de faire est insupportable, souligne-t-on au ’36’, une saisie conjointe requiert l’accord des deux services concernés ».
Parole contre parole
Le scénario du meurtre, lui, reste donc encore flou aujourd’hui. L’homme qui dit ne plus croire au crime antisémite, Alex Carrimbacus, maintient en revanche que son comparse, Yacine Mihoub, aurait prononcé « Allahou Akbar » en égorgeant l’octogénaire. Selon lui, il s’agirait d’une vengeance personnelle : l’homme, condamné après l’agression sexuelle de la fille de 12 ans de l’aide à domicile de Mireille Knoll, aurait accusé l’octogénaire d’être la cause de sa détention. Mais celui-ci dément et accuse à l’inverse son camarade d’avoir poignardé l’octogénaire et tenté de mettre le feu à l’appartement, selon une source proche du dossier.
Du côté de la famille de Mireille Knoll, on invite à « ne pas opposer crime crapuleux et crime antisémite », deux mobiles qui peuvent s’additionner. « J’accorde plus de foi à des déclarations spontanées qu’à une volte-face des semaines plus tard après d’éventuelles concertations », expliquait fin mai à l’AFP Gilles-William Goldnadel, l’avocat des enfants de l’octogénaire, commentant l’évolution des propos d’Alex Carrimbacus. Dans cette affaire, le caractère antisémite du meurtre avait été reconnu par Emmanuel Macron lui-même, le jour d’une marche blanche effectuée par des milliers de personnes.