Rochefort : les gendarmes en 14–18, « détestés par la population et par les militaires »

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Rochefort : les gendarmes en 14–18, « détestés par la population et par les militaires »

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A La UneRochefort

Publié le 08/10/2018 à 10h17. Mis à jour à 10h27 par Nathalie Daury-Pain.

 

Une exposition au Service historique de la Défense retrace le rôle de la gendarmerie pendant la Grande Guerre.

Cent ans après, on n’en a toujours pas fait le tour. De ce conflit qu’on nomme « Grande guerre ». De ce charnier qui laissa la France exsangue et qui la fît basculer dans le XXe siècle. Le mois de novembre 2018 approche et avec lui, sa cohorte de célébrations du centenaire de la Première Guerre mondiale. Le Service historique des armées, dont Rochefort abrite une antenne, n’est pas en reste. Depuis le 3 octobre, l’exposition « La Grande Guerre des gendarmes » retrace le rôle qu’a tenu ce corps militaire pendant ces quatre sombres années.

« La guerre 14–18 a marqué la France mais la gendarmerie en particulier, annonce tout de go le colonel Hervé Flammant, co-organisateur de l’exposition. En fait, l’image des gendarmes en est ressortie profondément dégradée. »

 

Loin de vouloir jouer les victimes, le colonel tient à expliquer pourquoi et comment on « a fait faire le sale boulot aux gendarmes ». « Déjà, il faut se rappeler que la guerre a surpris par sa violence inouïe et les imprévus qu’elle a engendrés pour les militaires, explique Hervé Flammant. Tout le monde s’accordait à penser que le conflit serait court et sur les modèles des guerres coloniales. Or ce fut tout le contraire. »

 

Le mauvais rôle

Le fait est que la guerre dure. Elle impose donc des privations aux civils. « Qui va faire les rationnements ? Les gendarmes. Qui va contrôler ? Les gendarmes. Qui va effectuer les perquisitions ? Encore les gendarmes, note le colonel. De plus, la chasse est interdite par peur des espions. Le gros gibier se met donc à proliférer et mange les récoltes. Il n’en fallait pas plus pour rendre les gendarmes responsables de tout. »

La durée de la guerre amène également les combattants à avoir des permissions et c’est encore la gendarmerie qui surveille les désertions. Le mauvais rôle, on vous dit !

« Ce sont eux qui ont relevé les identités des victimes. Cette tâche indispensable pour le travail de mémoire »

Pour mettre sur pied cette exposition qui s’est d’abord tenue au musée de la gendarmerie de Melun et au service historique de la Défense à Vincennes, les organisateurs se sont basés sur la thèse de doctorat de Louis Panel, directeur des monuments historiques en Alsace. « Ce sont finalement les universitaires qui ont fourni les clefs de compréhension », reprend Hervé Flammant. La mission de prévôté de la gendarmerie auprès des autres corps d’armée n’a fait que renforcer le désamour pour les gendarmes. Finalement, ils étaient détestés par la population et par les militaires. » En 1917, alors que la population est à bout et que les Poilus souffrent le martyre, une crise de désobéissance surgit. L’antimilitarisme gagne en puissance, relayé par des auteurs majeurs comme Mac Orlan, Genevoix, Barbusse ou Léautaud. Il y a 800 000 grévistes en France.

Georges Clemenceau est appelé à la tête du gouvernement pour prendre les choses en main et restaurer la confiance. C’est lui qui imaginera la modernisation de la gendarmerie en améliorant leurs conditions matérielles, en attribuant le statut de sous-officier à tous les gendarmes et en créant des écoles de formation.

« À l’issue de la guerre, on a dit qu’ils étaient des planqués, ajoute le colonel Flammant. Or il faut savoir que leur petit nombre, 25 000 hommes à l’époque, ne leur permettait pas de combattre. Cependant, certains l’ont fait à titre individuel. 2 300 ont été blessés, 3 702 ont été décorés de la croix de guerre et 870 sont tombés pour la France. »

« Prévenir les familles »

Dans l’époque troublée de l’après-guerre, ce sont également les gendarmes qui ont relevé l’identité des morts, qui ont été prévenir les familles. « Cette tâche est inestimable pour le travail de mémoire qui a suivi », insiste Hervé Flammant.

Cent ans plus tard, les gendarmes constatent que cette mauvaise image leur colle toujours à la peau. « Lors de la cérémonie à l’Arc de triomphe en 2008, une campagne d’opinion contre la présence des gendarmes avait été menée », regrette le colonel.

L’exposition, composée de 16 panneaux explicatifs, de photos et d’objets d’époque tentera de rétablir la vérité.