Présence de policiers ou de gendarmes à l’école : est-ce réalisable ?

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Présence de policiers ou de gendarmes à l’école : est-ce réalisable ?

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Présence de policiers ou de gendarmes à l'école : est-ce réalisable ?
Des policiers devant et à l’intérieur des établissements ? Le gouvernement y réfléchit. (Photo d’archives)@ MIGUEL MEDINA / AFP
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Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, n’a pas « exclu » vendredi que des forces de l’ordre soient positionnées dans les établissements.

« Je n’exclus pas la présence physique des forces de l’ordre » dans les établissements. Au bout d’une semaine où la polémique n’a cessé d’enfler après les menaces d’un élève du lycée Édouard-Branly de Créteil sur une enseignante avec un pistolet factice, suscitant notamment une libération de la parole chez les enseignants avec le hashtag #PasdeVague, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a donné une première idée vendredi des mesures qui pourraient être prises par le gouvernement pour endiguer le phénomène des violences scolaires. Et parmi ces mesures, donc, « la présence physique des forces de l’ordre ». Cette idée, qui revient régulièrement dans le débat public, et qui est même appliquée à certains endroits, comme à Nice, compte aujourd’hui de nombreux détracteurs.

Le ministre de l’Education Nationale sera samedi matin sur Europe 1. Il répondra aux questions de Patrick Cohen dans l’émission C’est arrivé cette semaine, proposée de 9h à 10h.

Où et comment : la position de Christophe Castaner. S’il n’est pas entré dans les détails de la mesure, restant volontairement… vague, Christophe Castaner a néanmoins précisé vendredi dans quel cadre les policiers pourraient intervenir dans le milieu scolaire. S’agissant du lieu, le ministre de l’Intérieur a parlé des « quartiers les plus difficiles ». Pour ce qui est du moment, il a évoqué « des moments de tension particulière dans la journée ». Et concernant le processus de décision, il a précisé que cette mesure devrait être prise « évidemment avec l’accord du chef d’établissement ». « Cela donne l’impression que la police nationale peut arrêter l’hémorragie avec un simple pansement », s’irrite Benoît Barret, secrétaire national adjoint du syndicat Alliance, majoritaire chez les policiers, qui regrette que le pouvoir semble « découvrir le phénomène de violence dans les collèges et les lycées, qui n’est pas nouveau ».

Entendu sur Europe 1
Dire qu’on va prendre des policiers pour les mettre dans les lycées, cela me paraît compliqué à mettre en place

« Je comprends que l’autorité politique réagisse par rapport à ça (la vidéo de Créteil, ndlr), le contraire aurait été curieux, mais dire aujourd’hui qu’on va mettre des policiers ou des gendarmes derrière chaque lycée ou chaque collège, c’est très compliqué à mettre en place parce que les effectifs actuels de la police nationale sont déjà en difficulté », souligne Benoît Barret au micro d’Europe 1. « Les brigades de roulement, qui répondent aux appels du 17, sont déjà dans des situations dramatiques en termes d’effectifs, des brigades qui sont à sept-huit unités, voire moins. Dire qu’on va prendre des policiers pour les mettre dans les lycées, cela me paraît compliqué à mettre en place. À chaque fois qu’il y a un problème sociétal, ce sont les policiers qui doivent s’y coller. Demain, s’il y a un problème avec les bouchers et charcutiers, on va mettre un policier devant chaque boucherie ou chaque charcuterie, si demain, il y a des problèmes avec les pompistes avec le prix de l’essence, on va mettre un policier derrière chaque pompe à essence, ça va être compliqué… Sauf à croire qu’on ait un renfort important de la police ou de la gendarmerie. »

La Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) est également sceptique par rapport à cette mesure, non pas tant sur sa faisabilité que sur son utilité. « Je préfère croire que c’est une annonce politique, et que le gouvernement va revenir derrière avec des choses plus apaisées et plus responsables », a insisté son président, Raymond Artis, sur Europe 1. « S’il n’y a que des policiers pour assurer l’éducation, les établissements scolaires seront désormais assimilés à des maisons de redressement, et j’espère que personne ne veut ça en France. Il s’agit de traiter des questions de violence, de les prendre en charge et, dans ce cadre, la présence de la police dans un établissement ne peut revêtir qu’un caractère exceptionnel. » Fin 2016, un rapport sur « les interventions des policiers et des gendarmes en matière de sécurité des établissements scolaires », co-signé par Anne Wuilleumier et Éric Debarbieux, relevait un certain nombre de points de crispation et de tension possibles, autour des missions d’enseignement d’un côté et de sécurité de l’autre.

Jean-Michel Blanquer, pionnier en la matière. Il s’appuyait notamment sur l’analyse du fonctionnement des équipes mobiles de sécurité (EMS), ces unités composées de policiers/gendarmes et de personnels de l’éducation nationale, qui mènent des actions de prévention mais aussi de gestion de crise dans les établissements. Elles sont nées en 2009 dans l’académie de Créteil, sous l’impulsion d’un recteur du nom de Jean-Michel Blanquer…

L’actuel ministre de l’Éducation est plus ouvertement favorable à la présence policière aux abords des écoles que son homologue de l’Intérieur. C’est lui aussi qui, en début d’année, a approuvé un dispositif expérimental à Nice. Pionnière dans le lien entre police et école depuis l’attentat sur la Promenade des Anglais, le 14 juillet 2016, la mairie a en effet validé la présence de policiers municipaux devant les établissements. En juillet dernier, le bilan de l’expérimentation avait été jugé « positif », voire « très positif » par la directrice d’une école.

Entendu sur Europe 1
Toute mesure qui conduira à transformer les établissements scolaires en maisons de redressement ne va pas nous convenir

« Nous ne pensons pas que ce soit la meilleure des choses », considère-t-on du côté de la FCPE. « Oui, il faut prendre en charge les violences et les incivilités, mais il y a des méthodes qui commencent d’après nous par mettre davantage de moyens en personnels, en médecins, en infirmiers, en assistants sociaux, en surveillants. Toute mesure qui conduira à transformer les établissements scolaires en maisons de redressement ne va pas nous convenir. Il faut éviter de faire dans le sensationnel et plutôt privilégier l’efficacité, et penser surtout aux jeunes. » Du côté d’Alliance, on souligne que la présence de policiers dans un collège ou un lycée, qui ne concerne que trois établissements à Nice, n’est pas viable, du fait de la banalisation de la violence.

« Il n’y a pas un seul lycée ou un seul collège où il n’y aura pas de violence », souligne Benoît Barret. « Quand vous voyez le phénomène de bande, ça se passe aujourd’hui dans de petites villes où il n’y avait pas auparavant de telles violences. La question, c’est derrière quel lycée mettra-on des policiers, est-ce que ce seront des passages, des rondes, des patrouilles, est-ce que ce seront des collègues qui seront en permanence dans un lycée ? Est-ce que ce seront des collègues qui seront devant, à côté d’un collège ? » Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, invité samedi de Patrick Cohen dans C’est arrivé cette semaine, donnera sans doute quelques éléments de réponse.