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« Quand la musique est bonne, quand elle guide tes pas » ...

Vie des Promotions

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09/05/2022

Rencontre avec l’OE SCHIRCH (promotion 127 GDI MOREL), son chef de chœur. 

Si la Garde Républicaine et la Gendarmerie Mobile ont leurs célèbres « Musiques », l’EOGN à quant à elle sa Chorale d’élèves. Moins connue, pour l’heure !, que le Chœur de l’Armée Française, ou que le médiatique Chœur de St Cyr Coëtquidan, elle rassemble des élèves tout aussi enthousiastes et porte une même dynamique : placer musiques et chants au service de l’identité militaire.


Lieutenant Alexis SCHIRCH

Le TRÈFLE mon Lieutenant, avant d’aborder votre investissement auprès de la Chorale de l’EOGN, quel fut votre parcours jusqu’à la place d’Armes de Melun ?

Âgé de 29 ans, je suis issu du recrutement « OG Universitaire ». Titulaire d’un Master 2 en « droit de la prévention des risques et responsabilités », obtenu à l’Université de Haute-Alsace, j’ai un profil de juriste comme bon nombre de mes camarades. Comme plusieurs d’entre eux, j’ai aussi servi plusieurs années au sein de la réserve opérationnelle, que j’ai rejoins dès mes 18 ans.

La singularité de mon parcours est mon passage comme EG à l’École de Gendarmerie de Dijon en 2019-2020, entre deux tentatives au redoutable concours « U ». A l’issue de la scolarité en École de sous-officier, avant de rejoindre Melun, j’ai alors servi 5 mois en unité …… atypique pour le moins car il s’agissait de la Musique de la Garde Républicaine. 

Le TRÈFLE comment s’explique cette affectation inédite ?

Musicien depuis mes 7 ans, j’ai évolué très vite au sein d’une « batterie fanfare », accompagnant ainsi dès mon plus jeune âge les cérémonies patriotiques de ma région. Ce n’est d’ailleurs peut-être pas complètement étranger à ma vocation à servir en Gendarmerie. « Un clairon, c’est une trompette en uniforme », disait Brel et sans doute était-ce prémonitoire me concernant.

Diplômé du conservatoire de Saint-Louis, dans le Haut-Rhin, je joue « de la trompette », c’est – à – dire de la trompette à piston, du clairon et de la trompette de cavalerie ; autant d’instruments « d’ordonnance », qui servaient hier à la transmission des ordres et accompagnent aujourd’hui les cérémonies militaires. 

Enfin, je dispose  d’une dizaine d’année d’expérience dans la direction d’orchestres amateurs. 

L’affectation à la Musique de la Garde était somme toute un « rêve de gosse » qui a finalement pu se concrétiser, même si je demeurais un musicien « non-professionnel ». 


Le TRÈFLE : quel souvenir l’Officier – Élève que vous êtes désormais garde de ce passage à la prestigieuse « Musique de la Garde » ?

D’abord, j’y ai fais une expérience concrète de la solidarité gendarmique. A la caserne Kellermann (Paris XIII), que je rejoins sans délai de prévenance lors du 1er confinement, mon LCNAS est dépourvu de tout : les voisins de la Garde, inconnus jusqu’alors, y sont les visages de la « famille » Gendarmerie se mobilisant pour fournir spontanément tout le nécessaire du quotidien. C’est un souvenir peut-être très matériel, mais c’est de la fraternité en acte.

Au-delà, en dépit d’une activité de l’unité évidemment ralentie, j’ai participé aux traditionnelles missions d’honneur et de rayonnement : le « ravivage de la flamme » à l’Arc de Triomphe, les obsèques de la Major Mélanie Lemée mortellement blessée par un automobiliste, des accueils de chefs d’état étrangers à l’Élysée, la finale de la coupe de France de football et bien sûr le défilé du 14/07. 

J’y ai rencontré des musiciens professionnels, passionnés et bienveillants avec le nouveau venu atypique que j’étais. Nous avons naturellement gardé le contact, sans que je ne m’attende alors à les retrouver par la suite avec la Chorale de l’EOGN.


Le TRÈFLE : venons en donc à la Chorale mise sur pied en 2021 à l’EOGN. Quelles en furent la genèse et la feuille de route ?

La Chorale de la 127ème promotion « GDI MOREL » s’inscrit dans une lignée, celle de la « BELTRAME » ou de la « ARTOUS » par exemple, dont j’avais découvert les productions par hasard sur les réseaux sociaux. L’idée est d’ailleurs venue d’élèves, et c’est donc spontanément, non pas « sur ordre » que nous nous sommes inscrits dans cette tradition. « Tradition » toute relative du reste, car dépendant des bonnes volontés de chaque promotion ….et des compétences pouvant structurer, orienter, animer les bonnes volontés de camarades enthousiastes.

Nos activités commencèrent au printemps 2021, une fois le rythme effréné de la formation militaire initiale relâché et les restrictions sanitaires assouplies. L’objet était alors de structurer un petit groupe pour faciliter l’apprentissage du « chant promo » par l’ensemble de nos camarades, chant que j’ai eu l’honneur de composer avec un camarade SD de la Chorale, musicologue de formation ; le SLT Jean-Sébastien I. 

Nous fûmes rapidement une vingtaine, une grande majorité n’étant ni musiciens ni en mesure de déchiffrer une partition ; mais chantant juste, avec le sens de l’écoute et l’envie d’apprendre. Nous avons ensuite étoffé le répertoire, avec notamment une Marseillaise à 3 voix postée sur les réseaux sociaux pour le 14 juillet 2021 ; ce fut pour nous une 1ère occasion de faire rayonner la promotion au-delà de l’Avenue du 13ème Dragon et c’est l’objectif que nous poursuivons désormais avec le soutien de l’École et du SIRPA Gendarmerie.


Le TRÈFLE : durant la deuxième et dernière année d’École, quelles furent vos temps forts ?

D’abord, la Chorale s‘est étoffée et aujourd’hui, nous sommes une trentaine de choristes, soit 15 % de la promotion : tous les recrutements y sont représentés, y compris les capitaines issus des armées et nos camarades des pays amis de la France. 

S’agissant de nos activités, le fil directeur sur la forme a été de ponctuer l’année de vidéos postées sur les réseaux, vecteur parmi les plus efficace pour contribuer au rayonnement de l’École ; sur le fond, l’idée était de se déplacer dans des lieux d’histoire forts, à des dates anniversaires clés de l’histoire nationale. 

Dans le maquis du Vercors, à l’occasion d’une itinérance mémorielle automnale de notre promotion sur les traces de notre parrain, nous avons ainsi présenté le « Chant des partisans » devant les cadres du GGD, des associations patriotiques et notamment les Amis de la Gendarmerie. 

Nous avons par la suite enregistré à Verdun et Douaumont le célèbre « Verdun, on ne passe pas » à l’occasion du 11 novembre, avec l’appui de la Musique de la Gendarmerie Mobile. 

En février, de retour du MIP à St Astier, nous avons eu l’honneur de participer, aux côtés de l’Orchestre de la Garde et du Chœur de l’Armée française, au concert aux Invalides en hommage aux héros de la Gendarmerie ; à cette occasion, avec le soutien du SIRPA, nous avons pu présenter un arrangement du nouveau « chant de la Gendarmerie » mais également, faisant un pas de côté vis-à-vis du traditionnel répertoire militaire, « l’hymne à l’amour » de Piaf. Militaires vivant au plus près des populations que nous servons, il nous a paru naturel à nous gendarmes, de piocher également dans les grands titres de la société civile.

Mi – février 2022, avant les départs ici et là des élèves dans leurs « dominantes » respectives, nous accompagnions par le Chant de la Gendarmerie la cérémonie du ravivage de la flamme sous l’Arc de Triomphe.

La plupart, si ce n’est la totalité de ces événements, furent abondamment relayés sur les réseaux sociaux – près de 100 000 « vues » pour Verdun par exemple – et ont débordé le traditionnel périmètre des élèves et de leurs familles. Par ailleurs, les retours de la société civile, d’élus, de musiciens, de militaires de la Gendarmerie et d’ailleurs sont excellents ; l’objectif de contribution au rayonnement de l’École me semble donc atteint, bien au-delà de mes espérances je dois le reconnaître.


Le TRÈFLE quels enseignements tirez-vous de cette aventure collective ? 

D’abord, et cela ne vaut pas que pour la Gendarmerie bien évidemment, qu’une mobilisation de non-professionnels fédérés par un objectif commun peut aller plus loin qu’on ne le croirait. 

Nonobstant la scolarité exigeante en temps de l’EOGN, les officiers – élèves choristes ont consacré souvent plusieurs heures par semaine à la Chorale, durant plus d’un an ; tout comme énormément de français qui se consacrent d’ailleurs chaque semaine au chant en amateurs. Un investissement presque aussi « consommateur » en temps que celui des barmaids de « La Marèche », le réputé bar des élèves de l’École interdits aux cadres ...

Aucun dolorisme ici, car comme nos camarades épicuriens du bar, c’est bien par plaisir que nous nous retrouvions : comment penser autrement cet investissement volontaire dans la durée, alors que l’École nous demande par ailleurs beaucoup ? 

Nous y avons développé notre qualité d’écoute et de chant bien sûr, car le beau y procède de l’addition des voix. Et, comme dans les séances d’ordre serré, l’individuel est placé au profit du collectif car c’est bien celui-ci qu’on regardera, qu’on écoutera. 

Nous y avons aussi développé le sens du partage, car nous chantons pour d’autres, à commencer par ceux qui sont à côté de nous au sein de la Chorale. Nous avons du reste, dans l’esprit du temps, développé notre propre rondache, dont l’École nous autorise officiellement le port sur nos tenues courantes. Un vrai symbole d’appartenance, que nous sommes heureux de partager à l’occasion avec les responsables des formations musicales de la Gendarmerie.

Enfin, j’en retiens que des convergences existent entre le rôle de Chef de Choeur et la fonction d’officier. Dans les 2 cas, il importe de connaître ses personnels, de démontrer des qualités d’écoute, de trancher, de donner le cap, d’entraîner ...je suis somme toute humainement comblé par cette expérience…et professionnellement chanceux à quelques mois de ma 1ère prise de commandement.


Le TRÈFLE : à l’heure des vidéos pléthoriques et de l’évolution des codes culturels, quelle place reste-t-il pour la musique militaire ?

En restant à ma place, j’ose un désaccord avec Clemenceau lorsqu’il déclarait son fameux « La justice militaire est à la justice ce que la musique militaire est à la musique ». L’objet diffère car en effet, la musique militaire – et le chant – n’ont eux pas vocation aux divertissement des foules à l’origine. 

La raison d’être était initialement la céleustique, c’est-à-dire la transmission des ordres par les instruments tels que le tambour, la trompette de cavalerie ou le clairons pour diriger sur le terrain la troupe conformément aux ordres. 

Les temps ont évidemment changé mais l’utilité demeure : d’un rôle opérationnel de transmetteurs, nous sommes passés à un rôle plus symbolique qui demeure dans le registre de la transmission ; celui de nos savoirs-faire, de nos traditions, de notre identité militaire.

Si à l’EOGN on n’imagine pas une cérémonie d’envergure sans musique, que dire du Protocole élyséen lorsqu’il prépare le service d’accueil dans la cour du Palais présidentiel ? Et que dire des français lorsqu’ils applaudissent la musique de la Garde le 14/07 sur les Champs Élysées ? Au-delà de la dimension musicale militaire, le chant en particulier demeure un vecteur très fort de cohésion des troupes et donc d’identité gendarmique. Notre Chorale, à sa modeste place, a eu « à cœur » de contribuer à sa promotion.


Légende de la rondache de la Chorale, créée en 2021 par l’OE SCHIRCH

Le sabre d’officier modèle 1923 sépare : 

- d’un côté, la grenade à bois de cerfs à 8 branches caractéristique de la Gendarmerie, accompagnée du taconnet symbole de l’EOGN

- de l’autre côté, le fond bleu gendarmerie et une clé de sol dorée dont la couleur rappellent le pantalon bleu à bande d’or de la TETRA aussi bien que l’appartenance musicale de la Chorale. Un bandeau rouge rappelle par ailleurs le rouge de la tunique de la TETRA et le ruban de la légion d’honneur, dont la plaque de grand officier est présente, faisant écho au parrain de promotion. La présence des 3 étoiles de général de division est dans le même esprit.

Enfin, l’écriture Or sur fond noir fait le lien avec la tunique de la TETRA et les effets de cérémonie (aiguillettes et épaulettes).

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