Lettre du Général d’armée (2S) Marc Watin-Augouard, Président de la société de secours mutuels « Le Trèfle”, du 1er septembre 2020.

Par décision en date du 28 juillet, le général d’armée Christian Rodriguez m’a nommé président du Trèfle. Cette désignation s’inscrit dans le cadre d’une transition souhaitée par mon prédécesseur, le général de corps d’armée (2S) Edmond Buchheit. Elle répond à une procédure conforme au code de la mutualité qui dispose que le président et le premier vice-président d’une mutuelle militaire sont nommés par délégation du ministre des armées. C’est ainsi qu’avec le colonel (H) Philippe Marion nous allons, avec vous, poursuivre l’action de nos prédécesseurs.

Evitant la formule classique et souvent stéréotypée d’hommage rendu au sortant, je voudrais exprimer à Edmond Buchheit toute mon amitié et souligner combien j’ai apprécié l’élégance avec laquelle il m’a transmis le flambeau, lors d’une réunion à la DGGN, présidée par notre major général. Les circonstances sanitaires actuelles ne permettent pas de lui manifester notre sympathie et notre reconnaissance comme il le mériterait. J’ose espérer que l’assemblée générale de Rochefort se déroulera, en 2021, dans des conditions normales, propices à l’expression conviviale de notre gratitude.

Je ne saurais oublier les présidents d’honneur à qui j’adresserai une lettre personnelle. Chefs prestigieux ou camarade, ils ont contribué à maintenir la flamme de la solidarité au sein des officiers de gendarmerie, à l’heure où l’individualisme fait parfois oublier la force de la communauté, la puissance de la cohésion, la chaleur de la camaraderie.

Notre Trèfle présente cette particularité d’offrir aux officiers – quel que soit leur statut – et à leur famille les voies et moyens d’exprimer et de manifester concrètement leur soutien à ceux qui sont dans la peine ou en difficulté. Dans les moments de solitude, les actions, même symboliques, sont de nature à réconforter. C’est bien l’ambition première du fondateur, le chef d’escadron Eugène Brody que nous ne saurions trahir. Parce qu’il est une société de secours mutuels, le Trèfle se distingue des associations relevant de la loi de 1901. Son statut, approuvé en 1906 par Georges Clémenceau, lui confère une place toute particulière que j’entends bien préserver. A l’heure où chacun est en quête de sens, le Trèfle doit être une voie, une voix, qui rassemble par la force centripète du sentiment d’appartenance à une communauté. Il ne s’agit pas pour nous de tomber dans le piège du communautarisme ou du corporatisme, fléaux de la société contemporaine. Il s’agit d’exprimer notre unité, par-delà la diversité de nos origines, de nos grades, de nos convictions personnelles. Cette unité doit être transgénérationnelle. Ancien administrateur de la Caisse nationale du gendarme, ancien officier social de la garde républicaine, je ne saurais renoncer à ce qui est inscrit dans mon ADN : le souci de rassembler, de soutenir, d’accompagner dans les moments difficiles.

Le Trèfle est une société de secours mutuels et il en conservera la forme et l’esprit !

 Mais il faut aussi lui donner une nouvelle orientation, aujourd’hui implicite, à inscrire, sinon dans les statuts, du moins dans la gouvernance et les modes d’action. Les officiers de la gendarmerie formés à l’EOGN et ceux qui nous rejoignent via la réserve militaire doivent se retrouver au sein d’une « personne morale » qui soit un vecteur de leur pensée et de leur engagement. Les grandes écoles bénéficient toutes d’une association d’Alumni ; l’EOGN ne doit pas être en retrait. Le 29 septembre, à l’occasion du conseil d’administration, nous aurons le plaisir d’inaugurer l’antenne du Trèfle implantée au sein de l’école qui offrira, dans le bâtiment du cercle, un lieu d’accueil et de convivialité directement accessible aux jeunes générations d’officiers qui doivent se sentir directement concernées. J’ignore encore quelle forme juridique devra prendre l’inflexion nécessaire. Ce que je sais, c’est qu’elle est indispensable à l’heure où seul existe celui qui communique, qui contribue à l’émergence des idées ou à la défense des principes fondamentaux. Plus nous serons nombreux, plus nous serons forts, écoutés, considérés. Une loi empirique a été énoncée par Metcalfe, un des pionniers d’internet : la puissance d’un réseau est proportionnelle au carré du nombre de personnes qui le composent. Inutile d’être mathématicien pour comprendre que je vaux 1 si je suis seul, nous valons 4 à deux, 9 à trois. Toute personne supplémentaire apporte un supplément de force qui augmente avec la taille du réseau. Une adhésion nouvelle, un retour de ceux qui se sont éloignés, peuvent avoir un effet accélérateur. L’heure est donc à la mobilisation !  

Depuis 46 ans que je sers la France au sein de la gendarmerie (je la quitterai le 3 décembre prochain à l’issue de mes fonctions au CREOGN), combien de fois ai-je entendu de jérémiades venant de camarades considérant que notre institution n’est pas considérée à sa juste valeur, que les officiers n’ont pas la place qu’ils méritent dans l’appareil d’Etat, etc. ? Mais qu’apportent-ils individuellement ou collectivement ? Sont-ils seulement membres du Trèfle qui est pour nous tous un moyen idéal pour faire mieux connaître la voix des officiers, pour élargir et renforcer le rayonnement de notre institution, en harmonie évidemment avec la DGGN. ?  Notre Trèfle le fera d’autant mieux qu’il s’appuie sur un réseau territorial animé par les présidents délégués, dont je salue l’action et que j’irai rencontrer. Notre dynamique est indissociable – tout en étant distincte – de celle conduite par le général Rodriguez, lequel engage notre institution à renforcer la proximité en « répondant présent ».    

Mais je sais aussi que notre réussite repose et reposera sur l’engagement des membres du conseil d’administration. Je les remercie dès à présent de la confiance qu’ils me prêteront. La présence à mes côtés de Philippe Marion est un gage de continuité. Je le sais aussi désireux d’élargir le champ d’action du Trèfle. Nous nous connaissons bien. Sans tomber dans les paroles convenues, je peux vous affirmer que c’est avec plaisir que j’ai « appris » sa nomination. Nous formons, je le pense, un tandem très complémentaire.

Tous deux et avec vous, nous voici aujourd’hui engagés dans un chantier qui porte sur un « monument historique » aux fondations solides. Il s’agit pour nous de l’adapter à son siècle, de l’ouvrir davantage.

Je vous remercie pour la confiance que vous exprimez déjà à l’égard de Philippe Marion et de moi-même. Ensemble, nous allons conjuguer ambition et espérance pour renforcer l’unité, la solidarité et la représentativité des officiers de gendarmerie, quel que soit leur grade et leur statut.

Général d’armée (2S) Marc Watin-AugouardPrésident de la société de secours mutuels « Le Trèfle »